09.04.2007
Road to Impfondo !
Demain s'ouvre à Impfondo (département de la Likouala, nord Congo) le premier Forum International des Peuples Autochtones d'Afrique Centrale. Le FIPAC premier du nom, rassemblera les représentants de la société civile autochtone de tous les pays de la sous-région, autorités étatiques et institutions internationales. L'UNICEF y prendra nécessairement part.
Cette première édition du FIPAC sera l'occasion de faire officiellement entendre pour la toute première fois à l'échelle de l'Afrique centrale la voix des autochtones. C'est avant tout leur Forum. Il s'agit véritablement d'une opportunité majeure: la reconnaissance, la promotion et la protection des droits des autochtones seront actées à travers la Déclaration d'Impfondo qui sera adoptée en clôture du FIPAC. Et les Etats s'engageront alors à mettre en oeuvre un plan d'action gouvernemental dont les modalités seront discutées lors de ces assises.
Décollage de Brazza demain en matinée, survol de la forêt équatoriale, passage au-dessus de l'équateur.
Puisse ce premier FIPAC s'inscrire comme la première pierre de l'édifice de la garantie effective des droits des autochtones de l'Afrique centrale !
22:25 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : FIPAC, peuples autochtones, UNICEF, Impfondo
23.03.2007
De l’autre côté du fleuve
Je n’arrive pas à dormir. Je peux bien fermer un œil, l’autre aussi. Mais m’endormir ça non. De l’autre côté du fleuve dans la jungle urbaine on se tire dessus, on se tue. Je ne vois rien d’ici. Pas de morts dans les rues, ni de blessés désœuvrés hagards. La vie est calme comme un cours d’eau d’été. Cette régularité m’indispose et me décontenance.
Ce soir dans les rues de Brazzaville, tout en apparence laissait croire à un crépuscule ordinaire. Rien qui, du seul regard ne laissait transparaître la mort à quelques hectomètres. Brazzaville, sur le qui-vive, mais paisible. Combat intérieur de jouer Blowin’in the Wind à Syla, un Malien de passage dans la maison toute sombre. Les mots « how many time must the cannon balls fly before they’re forever banned”, transpirent alors d’exacerbation.
De l’autre côté du fleuve, Kinshasa s’embrase. Jamais je n’avais entendu le son de la guerre. Oui, je prononce ce mot, même si ça n’en est une au regard du Droit international, même si ça reste sporadique selon les résonances médiatiques. Combats à l’arme lourde, est le terme consacré et approprié. Le feu est nourri. Les rafales bruissement s’échappent des canons surchauffés. Puis un instant le silence se fait… Avant de nouveaux échos de désintégration aveugle. Et parfois une courte salve d’explosions plus indicibles troue l’obscurité tranquille. On croirait presque les vocalises d’un feu d’artifice d’été, ou bien le tonnerre très irrité. Ce sont vraisemblablement des déflagrations de bâtiments que les armes lourdes assènent. RFI annonce une mélodie mortifère de mortiers, cannons, lance-roquettes et chars. L’UNICEF Kinshasa a été évacué.
De l’autre côté du fleuve des enfants tremblent et mouillent leurs joues lorsque les terribles retentissements du fracas résonnent sourdement dans les rues et les cours d’école. Cherchant un abri derrière un mur épais, un repère blindé dans les bras d’une mère alerte et transie.
A l’heure où j’écris ces mots, fuse dans la nuit noire par-dessus le fleuve Congo jusqu’à Brazza le bruit du tumulte belliqueux qui sème les graines et noyaux de mort.
De l’autre côté du fleuve, très vite j’espère le calme retrouvé, la paix durable règnera.
07:54 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Combats, kinshasa, brazzaville
15.03.2007
Vocifér, Commisér, et Lacér
Vocifér et Commisér se connaissent depuis la nuit des temps. Premiers liens tissés juste après le néant. Mais aux yeux de l’agora ils ne se côtoient guère, du moins d’après les apparats. Ils n’ont, finalement en le reconnaissant, pas grand-chose en commun.
L’un agite l’étendard et éblouit, avec parfois un trop plein de facétie, par sa rhétorique et ses effets de manche, alors que l’autre discret, quasi-anonyme, demeure à demi-amorphe. Le premier règle les enveloppes cathodiques pour berner la masse, pendant que l’autre amassé prépare ses iris affinées et tympans affûtés. Vocifér (alias seigneur V) n’est que la modeste addition de quelques uns, petite oligarchie de prédateurs argentés. Commisér, se compose d’un agrégat de plusieurs centaines de millions d’individualités.
Pas grand-chose en commun disais-je… Enfin à ceci près qu’ils partagent tout de même depuis que le monde est monde, une chose essentielle. Tous deux vivent sur Ation, délicieuse villégiature astrale de la galaxie Exploitacus. Ation c’était Nation, avant qu’Ation soit Ation. Vous suivez jusqu’ici ?
Pour la petite histoire, quand le roi Dam qui, par un coup de couronne d’anthologie, a restauré le régime ancien qu’on croyait perdu, le potentat revigoré a voulu personnifier la planète, signe d’une symbiose spatiotemporelle. L’air nouveau de cette ère nouvelle soufflera alors sur l’aire modèle de Damnation.
On a préféré gommer le « N ». Pas forcément par souci d’esthétique auditive. En fait « on », c’est lui, enfin eux, les quelques-uns. Je dis « on » parce-que je suis tenu comme tout un chacun, par Vocifér, moi atome de Commisér, d’exprimer le simulacre d’empathie qu’il lui plaît de se voir adresser.
Vocifér est mégalo-narcissique à tendance schizophrène. Il ne s’en cache à dire vrai pas réellement. C’est pour cette raison qu’il veut tout contrôler, nous contrôler. C’est pour cette raison qu’il a rayé de la carte et de l’histoire Damnation. Il a au passage rayé Dam tout court. Plus de régime de Damnés pensèrent alors l’infinité des petites gens désœuvrées.
Vocifér, chantre d’une nouvelle espérance, promettrait alors en oblitérant le fameux « N », l’ère de l’action sur Ation, pour le plus grand, et l’unique bonheur de la (nous Commisér) je vous le donne en mille… population. Ation se noierait dans les témoignages par millions de satisfactions. Vocifér jouirait de cette adulation, flot incessant de congratulations.
Conjectures magnanimes n’ont raison d’être sur Ation. C’était bien écrit pourtant ! Tout en bas en taille de caractères introuvable sous Word, c’était bien là, sur cette notice d’utilisation d’Ation. Insidieusement, noir sur blanc. C’ « était », oui, parce que Vocifér a jeté aux flammes le mode d’emploi. Commisér ne sait lire mot pense seigneur V, à quoi bon alors garder l’inutile, autant s’en débarrasser ! Papier brûlé, dés jetés, rien ne va plus.
Quel potentat digne de ce nom se sustenterait le gosier vorace de pouvoir en remettant au hasard le choix de sa pérennité ? Non… Vocifér a forcément dû se dire autre chose... Peut être quelque chose ressemblant à : papier brûlé, dés pipés, masse moutonnée, tout va bien !
Voilà. On en est là. Vocifér férocement accroché aux rênes du régime affamant, se gave de domination. Ah oui, j’oubliais. Tout ce qui finit par « ation » sur Ation est permis. Illustration !
Libération : bon. Révolution : pas bon. Toujours suivit d’une explication : on feint de libérer pour endormir et mieux contenir un éventuel vivier révolutionnaire (NDLR : extrait du manuscrit secret de Vocifér intitulé Petit traité d’ationologie).
Consommation : bon. Instruction : pas bon. Si on éduque (éducation tolérée), c’est uniquement en vue de former des outils à consommer, certainement pas des érudits instruits.
Culpabilisation : bon, très bon, excellent… Juridiction : pas bon, berk, inaudible… Instrumentalisée, la masse Commisér n’aura aucun mal à nourrir une culpabilité exacerbée ; ce faisant, loin d’elle l’idée de justice réparatrice, sinon à ses dépens.
N’en déplaise aux égarés, Commisér ne connaît la pas la misère. Ca et là, peut être quelques indigents parmi les centaines de millions que nous sommes. Quelques dizaines de milliers tout au plus… Minorité, ce n’est là que minorité…
Je dirais même qu’on s’en sort plutôt bien, même très bien. Pas de Commisérejeton exsangue à tous les coins de rue. Certes de la pollution. Mais les endémies sont maîtrisées, les guerres ont disparu, et la corruption, interdite –officiellement.
Commisér n’est pas une belle salope. C’est juste une malheureuse éperdue. Tombée dans le panneau de Vocifér. La machination est somme toute un brin plus géométrique… En réalité, les prédateurs sanguinaires de seigneur V, ont eu raison depuis plusieurs centaines d’années de Lacér.
Lacér, c’est celui qu’ici on oublie, ou qu’on ne veut pas voir. On sait qu’il existe, qu’il nous nourrit, que c’est grâce à lui qu’on vit. On sait aussi que Vocifér le mène à la baguette. Quelques injections de caissettes, piquées dans les bonnes veines, et Lacér dit amen à tous nos désirs. Un génie franchement pas radin ! Réflexion faite, si Commisér reste sourd à tout ça, c’est qu’il cautionne, non ?
Vocifér, devant, inexorable sauveur providentiel de Lacér, agit, derrière, tel le fossoyeur de la destinée de son doux protégé… Aberration est l’un des rares mots « ation » interdits sur Ation. Et pour cause…
Dans son œuvre charitable Vocifér accouche de néologismes philanthropiques, tous plus beaux les uns que les autres. « Fondation, association, coopération », rivalisent de concurrence. Car oui, il s’agit de savamment se bouger pour obtenir les faveurs monétaires, le pécule compassionnel de Commisér. C’est parce qu’on fait les choses bien sur Ation. C’est un principe premier auquel tient seigneur V : on ne vole pas -directement ! (Spoliation : bon. Concussion : pas bon. Il y a l’art et la manière de spolier, grâce à la légitimation).
On ne vole pas, tout simplement parce-que c’est la démocratie qui prévaut. Démocratisation, c’est la dernière trouvaille de seigneur V ! Et pour lui, Vocifér est prêt à tout : droite infraction, massive instrumentalisation, et fallacieuse imprécation.
Commisér, apôtre, malvoyant ou éclairé, contraint (in)conscient et/ou résigné, abreuve les canaux fiduciaires des couloirs humanitaires « destination Lacér » creusés par Vocifér, l’ineffable samaritain.
Quand Vocifér aboie, Commisér s’apitoie, Lacér perd et ‘reçoit’.
07:55 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exploitation, misère, don, instrumentalisation, humanitaire
18.02.2007
Imbroglio effusionnel
Des mots j’en ai écrit. D’abord, le grain du crayon déposé sur les premières feuilles de Les Mots de Sartre, à des milliers de pieds du sol africain. Plus tard, les touches du clavier effleurées, enjouées par le contact des doigts, baguettes créatrices des pensées nominalisées.
Soir ou matin, les idées n’ont depuis mon arrivée, cessé de traverser les pores moites de ma peau haletante, hésitante selon la teinte du ciel entre parure dorée ou blanc parisien tropicalisé.
Ces mots je les ai gardés, confinés dans la sphère de mon intimité. Point de pudeur à cette rétention d’émotions, pas plus d’oubli capricieux. Je crois, peut-être simplement, un souci. Celui de vous témoigner ce qui peut l’être. Mélangés, malaxés, tournés, les ingrédients cuits ou réfrigérés, doivent maturer sans impatience. Le parfum des saveurs ne vaut rien s’il commande le temps.
L’échancrure dans l’écrin finement taillée laisse à petit feu, selon la chaleur du foyer braisé s’échapper, pensées en quête de compréhension, des mots désappris en mal de –claire- définition.
Prendre le temps de ne pas tenter l’attentat de l’empressement, esquiver l’écueil rocailleux du « tout de suite, maintenant ». Les mots autorisent l’instantané exprimé, les émotions additionnées donnent une somme non nulle d’idées. La dialectique des émotions est l’émergence des pensées conceptualisées.
C’est pour ça. Pour cela que j’ai mis du temps à vous écrire. C’est pour cela que je vais prendre du temps pour vous écrire, des idées. Aujourd’hui je me contenterai de me confondre entre trivialité et prosaïsme.
Mon cœur fait face à l’effusion incontrôlée de sentiments nouveaux, entremêlée au pré carré des mes idéaux controversés. Oui, on s’y perd aisément ! Les voyages forment la jeunesse…
Ma présence ici m’offre la si précieuse chance de cartographier les jalons du cœur humain. Figurez-vous que ma quête restera à jamais vaine. N’en déplaise à mon insatiable avidité de découverte, je n’en démords pas. Oui l’homme est un univers insondables dans son infinitude. Qu’importe, Sartre m’a rassuré ce matin. Au hasard d’un bas de page, la lecture de ce truisme me fut fort bienvenue : il réside en « tout homme, tout l’homme ».
Ici, je vis sans exagération incongrue, des choses extraordinaires. L’humain délivre gratuitement et sans compter son lot de joies sans nom, d’exaltations auditives, visuelles, sensorielles, de consternations peu dicibles, et d’indignes affronts en légion.
Ballotée sur les aspérités iodées de l’océan agité, la petite coquille chahutée, garde droit son cap, malgré creux et remous perfides ponceurs de stries.
PS : mosala ezali malamu (mon travail se passe bien), tout comme le reste d’ailleurs. Je prends un peu de temps pour observer, sentir et comprendre, et vous réécris bientôt :) Mes pensées vont vers vous !
11:30 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pensées, Sartre, Les Mots, homme
10.02.2007
Na zali malamu :)
Littéralement, na zali malamu signifie en lingala "je vais bien" ! Oui tout va très bien depuis mon arrivée. J'ai déjà eu le temps de goûter à une pluie diluvienne (au réveil de mon premier matin) et là, au moment où je vous écris ces mots, la chaleur omniprésente colle à ma peau. Peau pas encore hâlée mais bien chauffée :) Petits coups de soleils par-ci par-là :) Et une moiteur quasi-constante également...
Tout plein de choses extra déjà vécues, si si c'est vrai, je vous assure. Des sourires et réflexions, des chocs et des discussions. Mais ça, ça va sans dire.
Je vous promets de vous écrire, et, de vous décrire un peu ces premiers jours, mais je ferai une petite synthèse de ces premières émotions prochainement. Là dans l'instant, je ne dispose que de très peu de temps.
Je vous envoie en guise de rayon de soleil ce sourire: c'est Luc, le fils d'un cousin de Merveille, elle-même cousine de Bienvenue (une amie d'une amie en France). Hi hi... La photo date de quelques heures !
19:40 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : brazza, sourire d'enfant
06.02.2007
Demain l'Afrique
Le 26 juin dernier j'écrivais sur mon ancien blog "Afrique ba benen" (A la prochaine, Afrique). C'était sans savoir le jour où ce nouveau départ vers le continent aux milles couleurs se ferait.
En décembre dernier, par un coup de téléphone à Air France, la date fut fixée: ce sera le 7 février 2007.
Aujourd'hui, lendemain ou jour de départ pour certains du Master (pensées à Mariska et Sarah), est la veille du grand envol pour moi. Dernier fignolage de préparatifs, penser à ne rien oublier, ne pas oublier de penser à tout. Belle gajeure quelque peu ambitieuse. ha ha !
Demain l'Afrique. Demain le Congo. Demain Brazzaville. Je vais traverser les dimensions du temps et de l'espace, franchir les barrières socioculturelles parfois tenaces, et renouer avec le monde des couleurs démesurées, des chants chauds et sanguinés, de la vie déchronométrée !
En cette veille de départ, vous l'imaginez, c'est tout un tas d'émotions qui m'emplit, joli cocktail qui m'anime et m'excite. Le tout saupoudré d'une assez remarquable sérénité. Il ne faut pas chercher à tout paramétrer. Je laisse l'air de l'aire de laquelle j'approche m'inspirer et me faire vivre tout au long de cette ère naissante.
A 11 heures (sauf retard, plausible) le coucou n° AF0896 se détachera du sol français pour une longue -et très courte à la fois- route vers le Congo. Arrivée prévue à 18h50 sur place.
Dans mes bagages, un barda de baroudeur stagiaire travailleur forcément. Si on fouillait dans le sac du modeste globe-trotter en herbe que je suis, on pourrait y trouver:
- Le nécessaire de toilette et le complet de beauté (crème antirides, pince à épiler, mascara), le minimum vital quoi :)
- Des habits de soleil comme de pluie (pour ceux qui ne le sauraient toujours pas, le Congo Brazza se trouve sur l'équateur, et abrite la luxuriante forêt primaire africaine)
- Et puis quelques bouquins que j'aurais dû lire depuis des mois...
Oublié le futile premier, passé les deuxième et dernier utiles, j'emporterais au Sud avec moi, vos sourires et regards. Vos yeux et vos voix. Ils sont ma force et ma foi.
Vous, famille et amis, vous êtes ma joie, vous êtes ma vie. Certains d'entre vous se sont réjouis de me voir partir réaliser cette mission sachant que c'est une expérience des plus enrichissantes. D'autres n'ont pas caché le pincement au coeur que ces mois à Brazza allaient provoquer.
A tous comme à chacun, je voudrais simplement vous dire que je serai heureux. J'y vais pour les enfants. Ceux du monde, ceux d'Afrique centrale, ceux dont on ne parle -presque- jamais. Les enfants pygmées.
Ce stage de six mois à Brazza n'est pas une obligation universitaire formelle. Il n'est pas non plus simplement et uniquement une demie année de mission à travailler d'arrache-pied. C'est pour moi l'occasion de rencontrer l'infinité de l'humanité. La chance privilégiée de goûter à la diversité endogène de l'atomicité de la sempiternelle chaîne humaine.
J'aime l'humain. Sans lui je ne suis rien. Humain tu es mon pain, tu es mon eau. Tu es mon sang, tu es mes os. Je te respire et veux dans ta plus grande altérité te découvrir. Ces mois au Congo me transformeront, c'est certain.
Bien chers tous, vous êtes là, vous êtes en moi, on est ensemble
09:30 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Congo, Brazzaville, Pygmées, départ, mission, humanité
02.02.2007
Transition horaire
Voici que le sablier voit ses derniers grains plonger avec la célérité des instants fuyants. La vitesse des ultimes heures est aussi rapide que l'adrénaline jaillissante quand l'oiseau métallisé au kérosène crachant, s'élève par lui-même du tarmac grisé.
L'inconnu m'envahit lorsque mes yeux se ferment et laissent mon esprit s'imaginer ce que la semaine prochaine, à cette même heure, je vivrai.
En écriture, une transition est un court passage, quelques lignes au plus, qui conduisent le lecteur d'un chapitre à un autre. La transition fait le pont entre deux champs de mots séparés par le (contre-)courant des idées. Sans transition c'est la césure assurée ! Elle est le sas vital reliant deux univers tantôt entremêlés, tantôt radicalement opposés. Quelques séries de lignes ça et là injectées au coeur du texte indispensables pour faire de lui un corps lettré doué d'esprit, mu par une fluidité, seule sésame d'une résonnance émotionnelle dans le for intérieur du lecteur.
En mission, la transition, c'est l'avion. Les maigres lignes sont les courtes heures. Les idées sont les terres. Parfois rapprochées, parfois aux antipodes situées. Huit heures à peine suffiront. 480 minutes pas plus. Des milliers de litres de kérosène, pour des milliers de kilomètres. Et une sacrée dose de pollution... Transition vraiment pas écologique. Donc si vous souhaitez voyager vert, privilégiez les bouquins (papier recyclé bien sûr:)
Sans savoir vraiment pourquoi (je n'ai pas cherché...), ces quelques heures d'avion restent pour moi peut-être la plus grande intrigue du départ. Elles sont la transition. En l'espace d'un tiers de journée, c'est comme si l'on traversait les dimensions de l'humanité. Le décor premièrement, truisme brillant, est foncièrement autre. L'air, la vie, les gens sont différents. Sensiblement. Les normes socioculturelles parfois tellement éloignées de nos schémas surannés, et autres improbables présupposés, vraiment faussés... Mais pour tout ça, seul le temps nous enseigne.
La transition déconcertante par son évanescence est une belle chipie. Elle va me narguer je le sais. Pas insolente, juste espiègle comme il le faut. Agonisante dans ses dernières minutes elle viendra me piquer tout de même. Telle une guêpe, toute orpheline nouvelle de son dard à jamais perdu, qui s'époumone sous le glas de ses ailes désormais frêles. Mais je crois sans trop me tromper, que je n'aurai besoin d'ouvrir le kit d'aspivenin que mon cher pater apportait lors de nos illustres virées alpines et pyrénéennes.
J'ai appris avec le temps, et Dakar m'a beaucoup instruit, à savoir comment devait se courtiser (pas de mode d'emploi universel) la belle dame dont je vous parle depuis quelques lignes ;-). C'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Cependant, qui dit nouvelle terre foulée, dit nouvelle transition. Je sais que je la vivrai pleinement, me nourrissant de la démesure des émotions qui me traverseront lorsque je poserai le pied sur la terre du Congo.
Passer sous l'équateur, à dire vrai, pas de grand changement vis à vis de Dakar. La pluie et les moustiques peut-être...
Mais cette mission à Brazza s'annonce comme un nouvel écrin sur mon parcours. L'ouvrir pour découvrir les richesses insoupçonnées qu'il révèle me transformera, c'est certain. En cela, il constituera à n'en pas douter lui aussi une transition, un cap, un tremplin dans ma vie.
Tout ça, je le comprendrai véritablement au retour. Aujourd'hui, à l'heure du départ, la première transition, celle de l'avion, approche.
Les heures de glisse sur l'azur vers une nouvelle terre laissent poindre leur rythme en moi. Je le sens, il s'accorde avec celui de mon coeur.
23:55 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : transition, avion, environnement, calculer sa pollution
28.01.2007
Pêle-mêle, des infos à l'appel !
En vrac et sans lien contigu, quelques petites infos peu ou proue prosaïques:
primo: les vies, sont en bonne santé quand elles sont protégées. Alors, préservatifs contre le SIDA, et lariam contre la malaria. La boîte de lariam de Dakar sommeille depuis plusieurs mois dans la porte du frigidaire. L'hibernation touche à sa fin, les petites capsules frémissent déjà à l'idée de voyager dans mes tuyaux intestinaux.. Ha ha.. Ca y est, c'est reparti pour le lariam, et c'est fois-ci, c'est pour 6 mois... Une fois par semaine, c'est pas herculéen, mais il s'agit d'y penser tout de même. Mention de rappel: alcool ("abus d'"), et médoc ne font pas toujours bon ménage...
secundo: j'ai réussi à dénicher une "carte" de Brazza. L'usage ici des guillemets, n'est pas superflus. Pour être tout à fait précis, c'est en réalité un plan assez schématique que j'ai dégoté. Jugez-en par vous même. Enfin, pour un premier repérage et histoire d'avoir une vue d'ensemble, cela me sied sans surseoir à ergoter.
tertio: I've got a temporary accomodation in Brazza ! Je vais loger pendant les quinze premiers jours dans une maison tenue par des religieux. Mon point focal là-bas est un ami, d'un ami, d'une amie. Je ne connais pas grand chose de cet hospice, et pour dire vrai, rien. Mais le frère Jacques que j'ai eu au téléphone avait l'air bien sympathique :) Deux semaines pour découvrir Brazza et trouver où crécher plus durablement, 100% jouable !
quatro: les visages défilent en ces temps de pré-départ. Des visages de tous les jours, des découvertes, des retrouvailles de vues perdues. Des sourires, des voix et des regards, qui se mélangent. Le liquide sortant de ce fût de vie que vous faites flâner en moi, est d'un arôme précieux dont je ne manquerai pas de me rappeler les saveurs en terre congolaise.
Du 4 en 1 qui n'a pour seul lien que Brazza. Je vous ai promis des infos (continues :p), les voilà !
14:25 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : plan de Brazzaville, Lariam, départ
18.01.2007
Je sais lire une carte, mais pas lire dans les cartes
Merci Internet et merci l'IGN. Quoi que légèrement dépassée, une carte s'avère toujours utile pour faire une reconnaissance globale préalable d'une terre inconnue.
Impossible de se procurer quelconque carte de Brazza. Je n'ai pas remué ciel et terre pour m'en procurer une, mais les personnes averties en la matière que j'ai contactées ont chacune à leur tour et sans exception décliné la possibilité de se doter d'un tel outil avant le départ ici en France.
Alors qu'importe après tout, je trouverai bien sûr place me dis-je confiant. Que nenni ! Les conseils éclairés de locaux m'ont laissé entendre que débusquer un plan de Brazza relèverait de l'exploit olympique. Notre Marie-Jo nationale pourrait peut-être me donner une ou deux pistes :)
C'est en quelque 8 heures d'avion que se fera mon vol de Paris jusqu'à la capitale congolaise. Peut-être trourons-nous un épais et colérique manteau nuageux le 7 février à l'arrivée sur Brazza. C'est en tous cas ce que laissent présager les prévisions régulières qui restent obstinément à l'orage fixe depuis ces dernières semaines :)
En parlant de probables pieds trempés, je compte tout de même m'équiper un tant soit peu. Le bain de boue pourquoi pas (:p), mais les pieds plongés dans la gadoue pour aller au travail, moins...
Je vous tiens au courant de l'avancée des préparatifs :)
21:00 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Brazzaville
07.01.2007
A Brazza dans un mois
7 janvier - 7 février : 2 592 000 secondes...
Dans un mois, à l'heure où j'écris ces mots, l'avion qui me transportera jusqu'à Brazzaville survolera probablement les terres du Bénin ou du Nigeria.
Depuis plusieurs semaines maintenant, pas un jour ne passe sans que cette mission à Brazzaville ne traverse mon esprit. Et chaque un jour un peu plus, j'y pense et m'y prépare. Paperasserie administrativo-légale, obligations médicales, participent certes à cette mise en condition.
Mais, l'essentiel n'est pas là. L'essentiel est ailleurs. Bien ailleurs. C'est dans ma tête qu'au fil des jours, je sens ce départ approcher, cette nouvelle aventure arriver. Je pense à cette transition: quelques heures d'avion. Je ne peux m'empêcher de me remémorer l'expérience de Dakar, et toutes ces joies.
Brazzaville, le Congo, seront différents. Mais certainement non moins enrichissants.
Etre ici, encore. Etre là-bas, déjà. Posture, plutôt étrange, vous en conviendrez. Un cadre spatio-temporel qui petit à petit meut. Un nouvel horizon se dessine en moi. De nouveaux visages, de nouveaux sourires.
Vraisemblablement des coups durs aussi à vivre, selon les aléas sur place, il ne faut pas négliger de possibles difficultés, de quelque ordre que ce soit.
Mais le fait est que c'est pour moi, une immense joie, et un luxe incommensurable -je le sais, que de partir vivre ces six mois à Brazzaville. Investi d'une mission (c'est bien comme ça qu'il faut le dire, puisque l'Unicef m'a envoyé mon ordre de mission), j'aspire intensement à la mener à bien.
Tirer des plans sur la comète pourrait être excitant quant à ce que je vais y vivre et découvrir. Mais cela serait, et est, somme toute peu utile, et presqu'incongru.
Que vais-je vivre ? Je n'en sais rien. L'inconnu s'offre à moi, et moi à lui.
Je n'ai qu'un souhait: vivre encore plus intensément l'humanité à travers l'altérité, la solidarité à travers la diversité.
Français, Congolais. Congolais, Français. Citoyens du Monde. Du Monde, Citoyens.
D'ici à mon départ, beaucoup de choses au programme. Quant à vous, je répète ce que j'ai déjà écrit dans un précédent billet, on aura le temps de se croiser prochainement. Et soyez certains que je vous emporterai dans mon coeur à Brazza :)
Nicolas
17:45 Publié dans 20 Congo 07 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Brazzaville, Congo, départ








